
La réalisation de portraits de clochards, personnages fondus dans la rue, permet de les porter au rang de modèles, d'icônes : par un traitement artistique prononcé, ils deviennent nos muses.
Certains de ces portraits sont issus de photographies d'inconnus trouvés via différentes sources d'informations. Internet, magazines, presse ou encore de la série photographique de Lee Jeffries et son travail sur les SDF auxquels nous apportons une grande admiration. Ces images sont retravaillés en dessin à la pierre noire avec un souci de réalisme.
En les représentant de face, plein cadre, de grande taille et en les plaçant dans la rue avec les soucis d'un galeriste, on impose au spectateur ces portraits : visages burinés, abîmés par la vie, bruts, parfois primaires, minéraux.
Les rides deviennent des fissures, leur peau des murs : grise, elle développe des maladies que l'on pourrait qualifier d'urbaines, semblables à certaines aspérités que présentent les sols et les murs de nos villes.
Le travail du temps agit sur le dessin. De la même manière, il l'abîme, le défigure, le déchire, ainsi il s'imprègne, se fond et se mélange à la texture, au support sur lequel il est posé. Cette analogie, ce travail sur l'éphémère, la relation entre l'œuvre et son support, son rapport à l'espace et le travail du temps permettent de transformer, de transfigurer le dessin en une œuvre unique. Le résultat, l'œuvre, en est le constat photographique.
La série est accompagnée, complétée par un texte, en utilisant un corps typographique de petite taille placé au centre d'un grand format, identique aux portaits, il force le spectateur à se rapprocher du message écrit pour lire et par conséquent des visages, du thème abordé.